Émotions

Comment gérer la colère ? (1/2)

L’émotion de la colère fait partie des quatre émotions qu’on pourrait qualifier d’instinctives. En effet, selon Plutchik, un célèbre psychiatre américain à qui on doit la roue des émotions, la colère, la peur, la tristesse et la joie sont des émotions primaires. Du fait de leur aspect instinctif, ces émotions « réflexes » sont plus complexes à appréhender que les émotions secondaires. Gérer la colère n’est donc pas chose simple ! Mais c’est aussi indispensable car la colère peut s’avérer dévastatrice pour soi-même et les autres.

Dans cet article en deux parties on vous explique d’abord tout ce que vous devez savoir sur l’émotion de la colère et sur les sentiments qui en découle : comprendre cette émotion est la base pour parvenir à gérer la colère.

Pour gérer la colère, il faut la comprendre

L’émotion de la colère implique, comme chacune des émotions principales, une réponse physique préprogrammée en nous. Lorsque nous ressentons cette émotion, l’adrénaline afflue pour nous encourager à réaliser une action vigoureuse, avec des symptômes physiques tels que l’afflux de sang vers les mains pour nous pousser à saisir quelques choses en main dans le but de se défendre, de réagir. C’est donc une émotion qui est associée à une réaction de type « violente ».

Cette réaction à l’émotion de la colère trouve sa racine dans la part de nous-même, instinctive et préhistorique, qui dans un souci de survie nous pousse à passer à l’ation. Cette émotion est nécessaire car elle nous permet de comprendre ce qui est bon ou pas pour soi-même, mais elle est aussi difficile à gérer car c’est une des émotions les plus complexes à « apprivoiser ».

Gérer la colère est pourtant crucial pour plusieurs raisons :

D’une part les symptômes physiques associés à la colère sont usants physiquement et physiologiquement, c’est une émotion qui « vide nos batteries ». L’adrénaline implique la production de cortisol dans notre organisme, et ce mélange d’hormones qui nous permettent de répondre à la colère sont nuisibles si elles sont ressenties physiquement trop souvent ou régulièrement.

Les hormones du stress usent l’organisme et les fonctions biologiques. La colère ressentie trop souvent ou trop intensément n’est donc pas à prendre à la légère.

D’autre part, l’émotion de la colère, si elle est mal ou non gérée, fait naître, si elle se répète trop souvent dans le temps, des sentiments très négatifs qu’on nomme rage, haine ou plus récemment seum … Des sentiments qui nous poussent à voir le verre à moitié vide et qui font écho à d’autres émotions négatives comme la peur ou la tristesse.

Gérer la colère est donc un exercice complexe car cette émotion fait partie de celles qui nous poussent à répondre par réflexe. L’aspect réflexe de cette émotion implique qu’il est impossible de la faire taire grâce à la seule volonté mentale, c’est donc une des émotions les plus délicates à gérer.

Pourquoi se met-on en colère ?

Bien souvent, ce sont les situations où l’on ressent une injustice qui génèrent l’émotion de la colère. Si on se penche sur le champ lexical de l’injustice, on observe sans difficultés comment l’injustice peut activer l’émotion de colère. En effet, la trahison, l’oppression, l’humiliation, l’hypocrisie, le mensonge sont autant de situations qui peuvent éveiller naturellement la colère en soi.

On ressent aussi la colère lorsqu’on se sent attaqué(e), en danger. La colère sert alors à se défendre car elle nous pousse à agir pour se protéger. Ainsi ressentir la colère est tout à fait normal, c’est une émotion que tout être humain est amené à ressentir dans sa vie.

La colère trouve aussi racine dans la frustration. Lorsque l’égo prend trop de place, il empêche d’accepter ce qui n’est pas possible d’obtenir, dès lors la colère s’en mêle. Dans ces circonstances la colère ressentie envers les autres ou la situation est aussi le reflet de la colère que l’on peut avoir contre soi-même de ne pas parvenir à obtenir ce que l’on veut.

C’est un peu un effet de colère « capricieuse » qu’on rencontre en toute logique chez les enfants qui doivent apprendre à accepter dans leur développement ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Dépasser ses frustrations est complexe, et bien souvent les frustrations non gérées dans l’enfance se retrouvent à l’âge adulte. Un(e) adulte peut donc aussi être l’acteur(ice) d’une colère « capricieuse ».

Il ne faut donc pas culpabiliser lorsqu’on ressent de la colère, mais il faut absolument comprendre exactement ce qui la déclenche en soi et à quelles circonstances est-elle liée. La colère est là pour nous indiquer avec précision ce qui ne nous convient pas dans une situation, c’est un marqueur qui nous permet de détecter ce qui n’est pas bon pour soi-même.

Pourquoi la colère est mal perçue dans nos sociétés ?

Beaucoup de personnes font face à la honte lorsqu’elles ressentent de la colère car cette émotion est assimilée à quelque chose de négatifs, voire de presque rabaissant. Or, il ne faut pas perdre de vue qu’il n’y a pas de mauvaises colères, il y a simplement de mauvaises réactions face ou en réponse à la colère.

Dans une société moderne, ressentir la colère est normal, mais répondre avec violence ne l’est pas. C’est un aspect assez simple à comprendre puisque si chacun(e) réagit à la colère selon ses instincts, alors c’est la porte ouverte à une société violente et dangereuse, qui s’oppose à une société sereine et rassurante.

Pourtant rien de plus culpabilisant que d’entendre « tu ne dois pas (peux pas) te mettre en colère » car cela renvoie à une idée d’interdit. Ce conseil est d’autant plus inefficace que si vous ressentez de la colère, la marche à suivre n’est surtout pas de la faire taire.

Faire taire en soi la colère est même dangereux car en situation de danger, il y a fort à parier que l’on ne parvienne pas à répondre de la bonne façon pour soi-même. En effet, il s’agira plutôt de comprendre, d’analyser, d’accepter, pour parvenir à gérer la colère et apaiser les symptômes désagréables qui l’accompagne.

gérer la colère

Qu’est-ce que la colère saine ?

La colère est donc une émotion saine, une émotion utile et indispensable pour vivre. Vous l’avez compris, ce qui est malsain dans la colère ce sont les mauvaises réponses que l’on peut faire face à la colère. Gérer la colère ce n’est pas ne plus être en colère mais gérer la colère lorsqu’on y fait face pour répondre de la meilleure des façons pour soi et pour les autres.

Pour vous aider à situer vos réponses à l’émotion de la colère, voici une liste d’actions qui peuvent être rencontrées et qui indiquent que vous avez tout intérêt à gérer la colère dans votre vie pour vous sentir mieux et apaisé(e).

  • les vengeances de quelques natures soient elles
  • la violence physique envers les autres, soi-même, ou des objets
  • la violence morale et psychologique envers les autres, soi-même, ou des objets
  • le ressassement intérieur de sentiments comme l’agacement, la colère, la rage ou la haine
  • les cris, hurlements
  • la manipulation des autres pour nuire à l’objet de votre colère (une réponse particulièrement malsaine à la colère car elle indique aussi un problème lié à l’ego)
  • la jalousie récurrente

La colère contre soi-même et la colère contre les autres

La colère peut se diriger dans deux directions. On peut être en colère contre soi-même ou contre les autres.

Les personnes à tendance autodestructrices (généralement celles qui souffrent le plus de blessure émotionnelle d’humiliation) dirigent leur colère contre elles-mêmes. Des difficultés à exprimer cette émotion à autrui pousse généralement ces profils à retourner la colère ressentie contre eux. C’est une forme de colère particulièrement destructrice car elle pousse à se dévaloriser, parfois à se nuire physiquement, et entache toujours plus l’estime de soi indispensable au bien-être.

Les personnes qui rejettent leur colère sur les autres font le plus souvent face à leur propres frustrations. Voir ses frustrations en face et les accepter est très difficile. Cela demande de mettre de côté l’égo pour comprendre les différents ressentis. Malheureusement l’égo, utile à juste dose pour parvenir à développer l’estime de soi, empêche aussi de voir ce qui ne fonctionne pas dans sa vie ou dans ses réactions.

La colère est aussi un objet de transfert car on est souvent en réalité en colère contre soi-même de ne pas parvenir à gérer une situation. La colère contre les autres est ainsi un moyen pour éviter de voir ce qui ne fonctionne pas chez soi. Pour gérer la colère, il faut ainsi accepter qu’elle puisse être provoquée par les autres mais qu’elle peut aussi être provoquée par ses propres mal-être.

comprendre la colère pour la gérer

Que faire pour gérer la colère ?

Gérer la colère est donc un exercice délicat, mais vous l’avez compris, accepter la colère et tout son panel de symptômes est le point de départ pour améliorer ses réactions.

Constater qu’une ou plusieurs personnes ou certains contextes génèrent en vous la colère est un point de départ pour mieux comprendre cette émotion, mais vous avez compris aussi qu’il est nécessaire de comprendre ce qui vous met en colère contre vous-même pour vous débarrasser durablement des mauvaises réponses qui accompagnent cette émotion.

Dans la suite de notre article on vous donne quelques astuces pour vous aider à gérer la colère dans différentes circonstance de la vie quotidienne, afin de vous aider à vous protéger de cette émotion tout en la maintenant active en vous pour vous permettre de réagir en cas de danger.

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